La Duck Conf 2026 CR - Développeur solo à l’ère de l’IA : produire à la vitesse d’une équipe
Disclaimer : Hors périmètre numérique responsable : Ce talk ne traite pas des enjeux environnementaux du numérique. Un rappel figure en fin d'article.
Avertissement : Ce contenu peut être déstabilisant pour les personnes anxieuses vis-à-vis de l'IA et de son impact sur les métiers du développement.
Note éditoriale : Certaines pratiques décrites dans ce talk, notamment les mannequins générés par IA, la multiplication de comptes TikTok et les dispositifs de contournement des algorithmes anti-bot, soulèvent des questions éthiques et de transparence du contenu en ligne. Ces pratiques sont restituées fidèlement, sans pour autant les valider ni les recommander.
Ingénieur en Génie Industriel de formation, développeur mobile par accident, Adrien n'avait pas prévu d’être là où il est aujourd'hui. Et pourtant, à la Duck Conf 2026, il nous partage un retour d'expérience qui bouscule les certitudes de ce que signifie "faire une application" à l'ère de l'IA.
Étudiant, il commence le développement d'un réseau social, trois ans de développement après, il y a très peu d'utilisateurs et des fonctionnalités jamais utilisées. C'est donc un échec à sa sortie en 2024.
En 2025, il inverse la tendance, il sort trois applications, toutes monétisées dès le premier jour. La différence ne tient pas à ses compétences techniques car elles étaient déjà là. Elle tient à une méthode entièrement repensée, où l'IA intervient à chaque étape de la chaîne : idéation, design, développement, distribution, marketing. C'est ce retour d'expérience qu'Adrien nous présente dans son talk.
Valider le marché, pas l'idée : l'ASO comme boussole
Adrien avait les compétences techniques. Ce qui lui manquait, c'était une approche orientée marché dès le départ, il faut valider la demande avant de construire l'offre.
L'ASO (App Store Optimization) est l'équivalent du SEO pour les stores mobiles. Adrien ne l'utilise pas comme outil de référencement a posteriori mais comme un outil de validation de marché dès le départ.
Il croise popularité (volume de recherches) et concurrence (nombre d'apps positionnées) pour chaque mot-clé. Un mot-clé populaire avec peu de concurrence est un signal fort. Exemple : "Bookmark” affiche 27 % de popularité pour 23 % de concurrence, c'est un green flag. "Fave" (popularité 100, concurrence 65) est bien plus risqué.
Pour son app de conversion image en PDF, sujet a priori saturé, il demande à ChatGPT de lister les 100 mots-clés ciblés par les concurrents sur le store, puis analyse les résultats. Deux termes se démarquent : "Convert Image to PDF" et "Image to PDF Converter". Il nomme son application "Image to PDF". Du jour au lendemain, ses impressions décollent, jusqu'à 10 fois plus d'impressions.
L'ASO n'est pas un outil de communication. C'est un outil de découverte de marché.
Concevoir le design avec l'IA
Une fois l'idée validée, place au design. Adrien utilise deux approches complémentaires.
Pour le logo, avec une image représentative du sujet et les standards iOS actuels, ChatGPT va générer un logo cohérent avec la plateforme, en quelques minutes.
Pour les maquettes, il utilise Figma Make, l'agent IA de Figma qui génère des écrans complets à partir d'un prompt. Il ne cherche pas à obtenir un résultat parfait du premier coup, mais générer une centaine de variations en parallèle, puis sélectionner les cinq meilleures, et demander une synthèse finale combinant les éléments les plus forts.
Il illustre ce processus avec son application "La grille de la vie" (une visualisation de vie sous forme de grille semaine par semaine). L'IA génère une interface minimaliste et émotionnelle, avec une accroche qu'”[Adrien] n'aurait jamais écrit seul” :
> "You have exactly one life. Every week, a new chance. To feel more. To love more."
Bien qu’il n’ait pas encore eu l’occasion de l’essayer, il mentionne un tout nouvel outil, Google Stitch, qui serait encore plus avancé pour faire des maquettes.
Coder avec l'IA
Pour le code, Adrien utilise Cursor, un éditeur de code boosté à l'IA, principalement en mode Agent : l'IA lit les fichiers du projet, propose et exécute les modifications; le développeur relit et valide, ou refuse et demande une réécriture. Le second mode, l'autocomplétion intelligente, anticipe non seulement la fin de la phrase en cours mais aussi les prochaines actions du développeur.
Sur la période analysée (décembre 2025 – février 2026), 107 000 lignes ont été générées, 60 000 acceptées et **20 000 auto-**complétions validées. Il estime que sa vitesse de développement a été multiplié par 4.
Adrien considère l'outil indispensable et vient appuyer la position de Jensen Huang, P.-D.G. de Nvidia, qui indique que les ingénieurs devraient consacrer 50 % de leur salaire en tokens. Il suppose qu'il est bien parti pour respecter la consigne et que même si les prix venaient à augmenter à 200$, il serait prêt à payer tant l’outil augmente sa production de code.
Il a des règles claires, il valide chaque ligne avant de la mettre en production. Il délègue les tâches répétitives (boilerplate, animations, traductions, refactoring) mais garde la main sur les décisions d'architecture; ce n'est pas l'IA qui décide comment le système est construit, c'est lui.
En 3 semaines, en parallèle de son emploi à temps plein, il a développé une application de 8 écrans dans 17 langues, monétisée dès le premier jour.
Préparer un go-to-market optimisé par l’IA
L'App Store permet de distribuer dans 190 pays. Adrien adapte le design de ses applications selon les pays et les cultures cibles, toujours avec l'IA. Par exemple, pour le marché coréen, l'IA a modifié le visage du personnage principal et remplacé certains éléments visuels pour les rendre culturellement appropriés, sans intervention manuelle.
Cette localisation fine lui permet de toucher des marchés très différents du sien : un tiers de ses revenus viennent d'Amérique du Nord, un autre tiers du Moyen-Orient, d'Afrique et d'Inde, 13 % d'Asie, moins de 2 % d'Europe. L'IA démocratise l'accès aux marchés internationaux, Adrien n'aurait jamais pu, seul, traduire ni adapter son application aux détails culturels.
Créer du contenu viral pour les réseaux sociaux
Maintenant que l’application existe, il faut créer la demande. Sa stratégie ici repose sur une infrastructure TikTok automatisée, opérant à grande échelle, sans intervention manuelle quotidienne.
Il génère des avatars féminins via un modèle de génération d'images (Nano Banana de Google), avec des paramètres précis. Ces avatars servent de "visages" pour ses comptes TikTok.
Pour les vidéos, il s'inspire de contenus viraux existants, en extrait le "hook" (les 2 à 5 premières secondes), puis utilise KlingAI (un modèle de génération vidéo) pour transférer le mouvement sur ses avatars et remplacer le contenu promotionnel par la présentation de son application.
Il peut ainsi générer un gros volume de vues avec 3 comptes TikTok par iPhone, 2 vidéos par jour, 780 vues en moyenne, soit environ 500 000 vues par mois, en automatique.
TikTok disposant d'une politique anti-bot avancée, il contourne la détection en utilisant des iPhones (qui sont plus difficiles à détecter côté plateforme) couplés à des cartes de contrôle qui simulent des interactions humaines. Cette pratique est efficace mais contre les conditions d'utilisation de Tiktok.
Quel impact dans le monde réel ?
En décembre 2025, l'App Store comptait 60 % d'applications supplémentaires par rapport à l'année précédente. Cette hausse s'explique en grande partie par la démocratisation des agents IA qui permettent de coder, designer et publier des applications à une vitesse inédite.
Et pourtant, seulement 0,03% de la population mondiale a déjà demandé à une IA de modifier du code. Ce qui est déjà visible sur les stores ne représente qu'une fraction infime de ce qui arrive, nous n'en sommes qu'aux prémices.
Conclusion
Adrien Cens pose une question simple mais percutante : dans un monde où tout le monde peut être développeur, qu'est-ce qui fait encore la différence ?
Il répond que c'est la capacité à échouer vite, apprendre vite, et recommencer. L'IA ne remplace pas le jugement, la curiosité, ni la résilience: elle compresse les délais d'exécution, ce qui rend les cycles d'apprentissage plus courts. Dans un monde où l'exécution technique ne fera plus la différence, ce sont les gens qui seront prêts à échouer vite et à apprendre de leurs erreurs qui tireront leur épingle du jeu :
> "Quand le vent souffle, certains construisent des murs, d'autres des moulins à vent."
Pour aller plus loin
Sur le numérique responsable : L'usage intensif de modèles d'IA générative (code, images, vidéos, traductions) représente un coût énergétique réel et croissant. Pour approfondir ce sujet, des ressources existent sur ce blog comme :


